• Peut-on souiller une représentation du Christ ?

    Souvenez-vous, c'était en Décembre 2011, la pièce de Romeo Castellucci baptisée "Sur le Concept du Visage du Fils de Dieu" s'attire les foudres des catholiques de l'association Civitas alors qu'elle est jouée en France, ceux-ci lui reprochant de véhiculer un message christianophobe.

    S'ils ont d'abord voulu protester en usant de méthodes plus que discutables (jets d'oeufs et d'huile de vidange sur les personnes se rendant au théâtre, agressions verbales, occupations des théâtres pour perturber les représentations), ils ont ensuite eu la sagesse de recourir à des moyens plus pacifiques (manifestations sous encadrement policier, veillées de prières, chorales de cantiques en bordure des théâtre où la pièce était jouée).

    La colère des membres de Civitas (et de l'ensemble des catholiques intégristes ne faisant pas forcément partie de cette association) trouve son origine dans la scène finale de la pièce : pour symboliser le renoncement de la foi chrétienne, plusieurs personnes montent sur scène et lapident un immense portrait du Christ (reproduction d'une peinture d'Antonello de Messine). Il n'en faut pas plus à ces contestataires pour voir en cette métaphore de la colère une insulte à l'ensemble de la chrétienté s'accompagnant d'un blasphême éhonté.

    Comprenez-moi bien : si je n'approuve pas les perturbations orchestrées par les manifestants dans les théâtres où la pièce était jouée, je ne fais en aucun cas l'amalgame entre Civitas et la communauté chrétienne.

    Civitas est un mouvement politique qui a la prétention de faire renouer la France avec ses 'racines chrétiennes', aussi bien au niveau de son foncement social qu'au niveau politique. Autrement dit, si on les prenait au sérieux, on serait à nouveau un pays monarchique.

    Et la majeure partie des chrétiens Français ne font pas partie de Civitas, Dieu merci (si je puis me permettre ce calembour).

    Ayant moi-même été élevé dans une famille catholique, et bien qu'ayant pris mes distances vis-à-vis de cette religion parce que je me suis rapidement rendu compte que si je n'excluais pas la possibilité de l'existence de Dieu, je n'approuvais pas pour autant les messages pontificaux, je n'approuve pas non plus ce parti pris artisitique. Mais je comprends sa symbolique. Le personnage principal de la pièce, un homme rendu impotent par la maladie alors qu'il fut toute sa vie durant un 'bon chrétien', perd la foi et lapide le portrait du Christ avec ses propres excréments.

    Les faits sont là, c'est écoeurant.

    Mais d'un point de vue scénaristique, c'est cohérent : l'homme qui a perdu la foi se venge avec le fruit de son humiliation, la boucle est bouclée.

    N'approuvant pas cette mise en scène, je me suis contenté de ne pas aller voir cette pièce. Mais je pense personnellement qu'en aucun cas Romeo Castellucci n'a souhaité insulter l'ensemble de la chrétienté. Il n'a fait que mettre en scène le désespoir d'un vieil homme qui a perdu jusqu'à sa propre dignité à cause de la maladie, et qui se venge comme il peut, car c'est au final son seul exhutoire.

    Après tout, ne nous apprend-on pas qu'il faut rendre grâce à Dieu lorsque nous connaissons le bonheur, mais que nous subissons sa colère quand nous sommes frappés par le malheur ? L'homme répond à la colère par la colère, c'est dans sa nature.


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